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Vers un profil sanguin pour prédire la maladie d'Alzheimer
Ray et coll., Nature Medicine, 14 octobre 2007 -
Le Quotidien du Médecin du : 16/10/2007
Des chercheurs ont identifié des marqueurs biologiques —une batterie de 18 protéines de signal dans le plasma sanguin — capables de dépister la maladie d'Alzheimer (avec 90 % d'exactitude) et même de prédire si un déficit cognitif léger progressera dans les deux à six ans vers la maladie d'Alzheimer. Les changements de ces protéines de signal, ou facteurs de communication intercellulaire, montrent qu'il existe déjà à la phase présymptomatique de la maladie d'Alzheimer une régulation anormale de l'hématopoïèse, des réponses immunes et de l'apoptose. Si ces résultats sont répliqués de façon indépendante, ce profil sanguin deviendrait le premier test diagnostique non invasif pour la maladie d'Alzheimer.
La compagnie Satoris (San Francisco) s'applique à développer un test, d'abord pour une utilisation en recherche (prévue pour 2008), puis plus tard pour la clinique», indique au « Quotidien » le Dr Tony Wyss-Coray (Stanford University, Californie, Etats-Unis) qui a dirigé ce travail.
«Il faudra attendre au minimum un an ou davantage pour avoir un test utilisable en pratique clinique; il faut en effet analyser un plus grand nombre d'échantillons et les résultats doivent être confirmés de façon indépendante.»
«Je pense vraiment que c'est très prometteur», estime le Dr Lennart Mucke, directeur du Gladstone Institute of Neurological Disease à l'université de San Francisco, qui n'a pas participé à l'étude. «La plupart des chercheurs dans ce domaine conviennent du besoin urgent de développer de meilleurs tests de laboratoire pour la maladie d'Alzheimer et cette étude répond à ce besoin de manière admirable.»
Actuellement, le diagnostic de la maladie d'Alzheimer est long et nécessite de combiner des tests de mémoire, l'imagerie cérébrale et l'exclusion d'autres troubles neurologiques.
Un test moléculaire pour la maladie d'Alzheimer pourrait conduire à de meilleurs traitements.
Tony Wyss-Coray et ses collègues ont eu l'idée de s'intéresser aux protéines de signal qu'utilisent les cellules pour communiquer entre elles.
«Puisque le cerveau contrôle de nombreuses fonctions corporelles à travers la libération de protéines de signal et puisque les mécanismes immuns et inflammatoires, centraux et périphériques, sont de plus en plus impliqués dans la maladie d'Alzheimer, nous avons émis l'hypothèse que les processus pathologiques conduisant à la maladie d'Alzheimer pourraient provoquer des changements caractéristiques dans les concentrations sanguines des protéines de signal», expliquent les chercheurs dans « Nature Medicine ».
A l'écoute des protéines. «De la même façon que le psychiatre peut conclure beaucoup de choses en écoutant les mots d'un patient, en “écoutant” différentes protéines nous mesurons si quelque chose se détraque dans les cellules», déclare dans un communiqué le Dr Wyss-Coray.
En s'adressant à des hôpitaux américains, suédois, italiens et polonais, les chercheurs ont recueilli jusqu'à 259 échantillons sanguins archivés, provenant d'individus qui présentaient des symptômes allant du léger déficit cognitif à une maladie d'Alzheimer avancée et de divers témoins (normaux ou ayant d'autres troubles neurologiques).
Ils ont mesuré les taux de 120 protéines de signal connues dans un sous-groupe d'échantillons sanguins (training set) et ont développé une procédure d'analyse pour identifier un profil moléculaire qui soit spécifique de la maladie d'Alzheimer.
Ils ont découvert qu'il suffisait en tout et pour tout de 18 protéines pour identifier un profil spécifique d'Alzheimer.
L'évaluation de cette batterie de 18 protéines de signal sur un sous-groupe d'échantillons sanguins (test set) provenant de patients atteints de la maladie d'Alzheimer et de divers témoins montre que ce test permet de classer correctement les échantillons sanguins avec 90 % d'exactitude.
Les chercheurs ont ensuite évalué ces biomarqueurs pour prédire le développement de la maladie d'Alzheimer. Pour cela, ils ont pris deux cohortes connues de patients ayant un déficit cognitif léger (n = 47) qui ont été suivis pendant deux à six ans et ont développé une maladie d'Alzheimer (n = 22), une autre démence (n = 8), ou sont restés avec un déficit cognitif léger (n = 17).
Le test a pu prédire la maladie d'Alzheimer chez 20 des 22 patients qui ont développé la maladie d'Alzheimer deux à cinq ans plus tard.
Les 8 patients qui ont développé d'autres démences furent correctement classés « non Alzheimer ».
Parmi les 17 patients qui conservaient un déficit cognitif léger deux à six ans plus tard, 7 avaient été classés « Alzheimer » et 10 avaient été classés « non Alzheimer ».
Réponse immune, hématopoïèse, apoptose. Il apparaît que les 18 marqueurs interviennent dans deux réseaux régulateurs indépendants impliqués dans la réponse immune, l'hématopoïèse et l'apoptose.
«Notre hypothèse est qu'il y a quelque chose qui ne va pas avec la production de certaines cellules sanguines, lesquelles pourraient être nécessaires pour éliminer les dépôts qui s'accumulent dans le cerveau atteint de la maladie d'Alzheimer», laisse entrevoir dans un communiqué le Dr Wyss-Coray.
Cette découverte pourrait avoir des répercussions pour d'autres maladies. En effet, des signatures similaires pourraient exister pour d'autres maladies du SNC, et pourraient constituer des indices potentiels pour le traitement et le diagnostic.
Dr VÉRONIQUE NGUYEN
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